- Commandant, au radar, trois échos rapides en approche par le nord-est. Relèvements constants, la distance diminue vite. Vitesse estimée : trente nœuds.
Garbot n’eut pas besoin d’en savoir davantage.
C’étaient les vedettes légères des Gardiens de la Révolution.
Elles sortaient de l'ombre des îles de Larak ou de Qeshm, véritables verrous naturels du chenal.
- On maintient le cap, ordonna calmement Garbot. Nous sommes dans le dispositif de séparation du trafic, dans les eaux internationales du couloir de navigation. Transmettez immédiatement notre position à la frégate européenne de la mission EMASOH (la mission européenne de surveillance maritime dans le détroit d’Ormuz).
Le temps semblait s'être figé. Garbot commença à distinguer les sillages blancs de ces embarcations, silhouettes sombres sur l'eau miroitante, armées de mitrailleuses lourdes et de lance-roquettes. L'une d'elles vira de bord brusquement, coupant la route du Persian Dawn à moins de 300 mètres devant l’étrave.
- Ils nous demandent de stopper les machines ! s'écria Tristan, les doigts crispés sur le combiné VHF.
- Pas question, répondit Garbot, la mâchoire serrée. Un tanker de cette taille met trois kilomètres à s'arrêter. S'ils veulent monter à bord, ils devront le faire en marche.
C’est alors qu'un grondement nouveau emplit l'air. Ce n'était pas le bruit aigu des moteurs hors-bord. Un hélicoptère de combat venait de surgir du sud, volant au ras de l'eau, flanqué plus haut par la silhouette fine d'un drone allié. Presque simultanément, la voix d'un opérateur radio militaire, nette, froide, anglo-saxonne, résonna sur la fréquence d’urgence : « Unknown surface crafts, this is coalition warship. You are operating in international sea lanes. Alter your course immediately ». (« Embarcations de surface non identifiées, ici un navire de guerre de la coalition. Vous opérez dans les voies de circulation maritimes internationales. Modifiez votre cap immédiatement »).
Le bluff géopolitique était à son paroxysme .....